- La religion, ajoute-t-il, est encore une sorte d'inoculation ou de vaccin qui, en satisfaisant notre amour du merveilleux, nous garantit des charlatans et des sorciers : les prêtres valent mieux que les Cagliostro, les Kant et tous les rêveurs d'Allemagne.

Il fait quelques pas, semble parler pour lui-même, comme dans une méditation à haute voix.

- Il n'y a eu jusqu'à présent dans le monde que deux pouvoirs, le militaire et l'ecclésiastique... mais l'ordre civil sera fortifié par la création d'un corps enseignant ; il le sera plus encore par celle d'un grand corps de magistrats... Le Code civil a déjà opéré beaucoup de bien. Chacun désormais sait d'après quels principes se diriger ; il arrange en conséquence sa propriété et ses affaires.

Mais le juge suprême, c'est moi.

C'est toute la société qu'il doit organiser. Il lui semble parfois qu'il est la raison du monde, le seul à avoir la capacité de mettre de l'ordre dans la vie des peuples et des États.

Il pense sans cesse à cela, quand, entre les séances du Conseil d'État, les audiences, les heures passées à dicter dans son cabinet de travail, il chasse, dans l'air vif du printemps 1806.

Un jour de la fin mars, en revenant d'une longue course dans le bois de Versailles, il se précipite dans son cabinet de travail, convoque Méneval et, d'un seul jet, il énonce le statut de la famille impériale, qui forme la clé de voûte de ce Grand Empire qu'il a commencé de constituer. Louis est roi de Hollande, Joseph roi de Naples, ses sœurs grandes-duchesses en Italie, et Murat grand-duc de Berg et de Clèves, et les Berthier, Bernadotte, Talleyrand, Fouché sont à la tête de fiefs.

Lui est le sommet de la pyramide.

« L'Empereur est le père commun de sa famille », dicte-t-il. La volonté de Napoléon est la seule loi pour tous ses parents. Aucun contrat de mariage et aucune adoption ne peut se faire sans son consentement. Au-dessous de lui, il place les rois, les princes héréditaires, puis viennent les princes vassaux et les titulaires d'un fief.



24 из 414