
EAN 978-2-221-11914-3
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Pour Marielle.
Mon maître n'a pas d'entrailles et ce maître, c'est la nature des choses.
Napoléon à Joséphine, 3 décembre 1806.
Il portait en lui le besoin de transformer la confusion en ordre comme tous les hommes de l'Histoire qui ne sont pas des hommes de théâtre.
André Malraux, Les chênes qu'on abat.
Première partie
Tout a été comme je l'avais calculé
Janvier 1806 - 25 novembre 1806
1.
Il est le Maître.
Depuis ce 2 décembre 1805, ce soleil d'Austerlitz qui s'est levé sur les étangs glacés, là où vont périr noyés les soldats russes, alliés inutiles des troupes autrichiennes déjà vaincues, Napoléon se répète qu'il est le Maître.
Ce samedi 28 décembre 1805, il vient de quitter le château de Schönbrunn, à Vienne, et il se dirige vers Munich. Dans la berline qui roule vers l'abbaye de Melk où il compte passer la nuit, il a enveloppé ses jambes dans une pelisse, mais il ne dort pas.
Il est le Maître.
De temps à autre, il aperçoit par les fenêtres de la voiture les silhouettes des cavaliers de l'escorte. Et les mots de la proclamation qu'il a lancée au jour de la victoire lui reviennent en mémoire, scandent chaque tour de roue : « Soldats, je suis content de vous : vous avez à la journée d'Austerlitz justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité. Vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire... Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire : J'étais à la bataille d'Austerlitz, pour que l'on vous réponde : Voilà un brave. »
