Mais Napoléon, dès le premier jour, sent qu'un duc de Fleury, un Laval-Montmorency, un Puységur, un prince de Rohan Guéménée, cousin du roi, le regardent avec mépris puis détournent la tête pour manifester qu'ils sont d'une autre race, que ce boursier fils d'un petit noble corse est tout juste français parce que l'armée royale a conquis son île.

Ces coups d'œil, dès les premiers instants, ternissent l'enthousiasme de Bonaparte.

Mais que croient-ils, ceux-là ? Il n'a pas plié quand il était un enfant de neuf ans, imaginent-ils qu'il va baisser sa garde alors que cette ville, ce bâtiment, ces salles, tout lui prouve qu'il est un vainqueur ?

Cette certitude le rend moins âpre, même s'il reste intransigeant, inflexible. La beauté des lieux, l'attention avec laquelle on traite les cadets-gentilshommes, la présence même, parmi eux, de ces descendants des plus illustres familles du royaume l'assurent qu'il fait partie du petit nombre qui est appelé à diriger. Son orgueil en est avivé, et sa susceptibilité s'en trouve à la fois calmée et renforcée. « On » l'a reconnu, soit, mais qu'on ne le provoque pas : il n'en serait que plus déterminé à défendre ses origines, sa pensée.

Mais, dès lors qu'on le respecte, il se montre amical, parce qu'il n'est plus l'écorché vif d'antan. Sa première réussite a pansé quelques plaies.

Il partagera ainsi, pendant son séjour à l'école, sa chambre avec un élève, son aîné, qui a été désigné pour lui servir d'instructeur d'infanterie.

Cet Alexandre Des Mazis s'est montré attentif, amical, prévenant même. Bonaparte a répondu à ses avances et il accepte ce compagnonnage.

La chambre est petite, dispose d'une couchette de fer, de chaises, d'un bas d'armoire à l'embrasure de la fenêtre. Là sont rangées les trois paires de souliers réglementaires. Cette chambre ouvre sur une pièce aux murs de bois éclairée par des réverbères et chauffée par plusieurs poêles de faïence : le dortoir.



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