Au fur et à mesure qu'il s'approche du bâtiment, la beauté de ce palais, dominé par un haut dôme quadrangulaire, l'impressionne sans qu'il en laisse rien paraître.

Il entre le dernier du groupe pour admirer les huit colonnes corinthiennes, le fronton, les statues qui le surmontent, l'horloge encadrée de guirlandes.

Il franchit les grilles de l'une des trois portes. Il entre dans la cour de récréation éclairée par douze gros réverbères.

Les cadets sont logés dans l'aile droite. Il traverse des salles où les élèves jouent au trictrac, aux échecs, aux dames, quand la pluie les chasse de la cour.

Le parloir n'a pas l'austérité et la froideur de celui de l'école de Brienne. Un grand tableau représente Louis XV. Les rideaux sont de toile de coton blanc, et les tentures, de damas rouge d'Abbeville. Les banquettes et les sièges sont recouverts d'un tapis orné de roses vert et blanc.

Bonaparte pénètre dans les salles de classe, dont les murs sont revêtus d'un papier à fond bleu sur lequel brillent les fleurs de lys et les chiffres du roi en couleur d'or. Les portes sont vitrées et, comme les croisées, encadrées de tentures.

Le luxe, la magnificence, l'abondance frappent aussitôt l'adolescent.

Il prend son premier repas dans le réfectoire, assis à une table de dix. Les mets sont nombreux, les viandes sont suivies de desserts et de fruits. Les domestiques servent avec cérémonie.

Parmi les cadets-gentilshommes, aux côtés des boursiers, il remarque des jeunes gens de la grande noblesse qui paient deux mille livres par an pour être élèves de l'école.

N'étaient leur morgue, leur absence de résultats scolaires - car s'ils suivent les cours, ils n'étudient pas -, on ne le distinguerait pas de la masse des cent vingt-six cadets.



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