
Ils se défient. Ils se battent. Leur sergent-major, Picot de Peccaduc, se place entre eux, à l'étude, pour qu'ils ne se frappent pas, mais ils se lancent des coups de pied sous la table, si bien que le sergent-major en a les jambes meurtries.
Souvent, dans la salle d'armes, entre les leçons des maîtres d'escrime, Bonaparte se promène les bras croisés dans le dos, et tout à coup il se fige. D'un groupe une voix lance un mot, une phrase. On se moque de la Corse, on le provoque. Il bondit, saisit son fleuret, charge le groupe au milieu des éclats de rire.
Mais il ne rit pas.
Il s'indigne quand certains cadets prétendent que, lors de la conquête de l'île, les Français étaient peu nombreux. Ce sont les calomnies du collège d'Autun et de l'école de Brienne qui renaissent et qu'il lui faut dénoncer. « Vous n'étiez pas six cents, comme vous le prétendez, leur répond-il, mais six mille contre de malheureux paysans. »
Pourquoi un grand peuple avait-il dû faire la guerre à une petite nation ? Il a fait preuve « d'infériorité ».
- Viens, lance-t-il enfin à son ami Des Mazis, laissons ces lâches.
Mais il ne peut se taire longtemps, d'autant plus qu'à chaque instant, un détail, une phrase lui rappellent ses origines.
Quand il s'agenouille pour recevoir la confirmation des mains de Mgr de Juigné, celui-ci s'étonne de ce prénom, Napoleone, qui n'est pas l'un des saints du calendrier.
L'adolescent dresse la tête, fixe l'ecclésiastique, puis dit avec vivacité qu'il y a une foule de saints et seulement trois cent soixante-cinq jours dans l'année.
