On ne le fera jamais taire.

Même dans un confessionnal, il répond vertement si on l'attaque.

Lorsqu'il écoute, au mois de janvier 1785, le prêtre auquel il vient se confesser - comme tout cadet doit le faire chaque mois -, il ne peut étouffer un rugissement. Le prêtre l'admoneste, lui parle de la Corse, de la nécessité d'obéir au roi, dont il est le boursier et le sujet reconnaissant. Les Corses, d'ailleurs, poursuit le prêtre, sont souvent des bandits au caractère trop fier.

- Je ne viens pas ici pour parler de la Corse, s'écrie Bonaparte, et un prêtre n'a pas mission de me chapitrer sur cet article !

Puis il brise d'un coup de poing la grille qui le sépare du confesseur, et les deux hommes en viennent aux mains.

Cette intrépidité dans la défense de sa patrie, cette rage même qu'il met à vanter les exploits de Pascal Paoli, montrent qu'il n'est pas l'un de ces prudents qui calculent chacun de leurs actes. Cet adolescent est d'abord une énergie qui se déploie sous le coup de l'émotion.

Son professeur de belles-lettres, Domairon, est d'ailleurs frappé par « ses amplifications bizarres ». « C'est du granit chauffé par un volcan », conclut-il. Et le professeur d'histoire, De Lesguille, ajoute que ce jeune cadet est « corse de caractère comme de nation » et « qu'il ira loin si les circonstances le favorisent ».

Mais M. Valfort, le directeur des études de l'école, s'inquiète.

On lui rapporte que ce cadet, boursier du roi, déclame des vers de sa composition où il décrit sa patrie surgissant dans un songe, lui remettant un poignard et lui prédisant : « Tu seras mon vengeur. »

Des dessins circulent où on le voit caricaturé par ses camarades sous les traits d'un jeune cadet vigoureux marchant d'un pas altier, alors qu'un vieux professeur s'accroche en vain à sa perruque, tentant de le retenir. Et la légende commente : « Bonaparte, cours, vole au secours de Paoli pour le tirer des mains de ses ennemis. »



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