Il a laissé la France plus petite qu'il ne l'avait trouvée, soit. Mais une nation ne se définit pas ainsi. Pour la France il devait exister... Ne marchandons pas la grandeur

De Gaulle, cité par André Malraux,

Les chênes qu'on abat.


Ouverture

Cette plaine serait un beau champ de bataille



C'était le 4 avril 1805, peu après l'aube.

Lui, Napoléon Bonaparte, Empereur des Français, se tenait dressé sur les étriers, tirant sur les rênes de son cheval arabe qui piaffait.

Caulaincourt, le Grand Écuyer et aide de camp, et les officiers de la suite impériale demeuraient à distance. Les chevaux piétinaient, se heurtaient, faisant s'entrechoquer les sabres.

L'Empereur était en avant, seul.

Il regardait ces bâtiments en ruine qui surgissaient du brouillard. Il reconnaissait l'allée de tilleuls et, au bout, le couvent de la Minimière.

C'était tout ce qui restait de l'école militaire de Brienne, où il avait vécu cinq années alors qu'il n'était que cet enfant de dix ans qu'on moquait parce qu'il portait un nom bizarre, celui d'un étranger, Napoleone Buonaparte, aux sonorités qui paraissaient ridicules, et on chantonnait pour le provoquer : « Napoleone Buonaparte, Paille-au-Nez ».

Vingt années seulement avaient passé, et il avait, le 2 décembre 1804, à Notre-Dame, pris des mains du pape Pie VII la couronne d'empereur afin de se couronner lui-même.

Il était Napoléon Bonaparte, Empereur des Français. Il n'avait que trente-six ans.

Il était arrivé de Paris la veille, parce qu'il voulait revoir ces lieux, cette école militaire dont il ignorait qu'elle n'était plus qu'un amas de décombres qui témoignait du tumulte de ces vingt années. Elle avait été supprimée en 1793, vendue comme bien national, convertie en fabrique de caissons et, après le transfert des ateliers, cédée à vil prix, démolie en 1799, utilisée comme source de matériaux.



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