Le curé s'éclipsa, revint confus, humble.

- À présent, je vous reconnais, dit Napoléon, et je suis très content de vous voir.

Il était l'Empereur des Français.

Au dîner, il s'impatienta. Les convives se taisaient. Un maître d'hôtel, impressionné, renversa une saucière sur la nappe devant l'Empereur. Napoléon éclata de rire et l'atmosphère aussitôt se détendit.

On quitta la table dans le brouhaha des conversations, puis l'Empereur se retira.

Il dormit peu, et à l'aube il était dans la cour, montant son cheval arabe, quittant le château pour revoir cette école militaire dont il découvrit, quand le brouillard se dissipa, qu'elle était en ruine.

Il ne pouvait envisager de la faire reconstruire. Il y eût fallu des millions.

Le passé ne se relèverait pas.

Alors, soudain, de deux coups secs d'éperon, il piqua son cheval et prit, seul, après avoir traversé Brienne, la route de Bar-sur-Aube.

En quelques minutes, il disparut.

Le coursier, longtemps retenu, déroula sa course au triple galop, sautant les fossés, s'engageant dans les bois, martelant de ses sabots les chemins empierrés. Et l'Empereur, à chaque instant, changeait de direction, reconnaissant un paysage ici, un village là.

Seul, seul, l'Empereur court après ses souvenirs dans la campagne, imagine Caulaincourt et les officiers affolés, qui cherchent à le rejoindre.

Un coup de feu déchira le silence imprégné de brouillard.

Caulaincourt lançait un appel. Il fallait se remettre en route.

L'Empereur rentra, l'œil fixé sur les tours du château de Brienne. Il avait galopé plus de trois heures. Il ne savait où, dit-il à ses officiers qui s'étonnaient.

Son cheval exténué était couvert de sueur, et du sang coulait de ses naseaux.

L'Empereur quitta Brienne ce 4 avril 1805 pour Milan, où l'attendait la couronne du roi d'Italie.



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