Mais, en une seule occasion, Bonaparte, avec ses camarades, avait été convié à visiter le château.

C'était la Saint-Louis, le 25 août 1783. Mme de Brienne avait remarqué cet élève maigre au teint olivâtre, au nom si curieux, Napoleone Buonaparte, mais ce n'avait été l'attention que d'un instant.

Il s'était perdu parmi la centaine d'élèves de l'école, cette masse anonyme d'enfants en habit de drap bleu, leur veste à doublure blanche aux parements, revers et collet rouges, avec boutons blancs aux armes de l'école militaire.

Dans les jardins du château, Bonaparte avait parcouru les allées où se pressait toute la population des alentours, conviée par les châtelains à la fête du roi.

On avait dressé des estrades pour les saltimbanques, les chanteurs et les acteurs. On avait tendu des cordes pour les équilibristes. Et les marchands de coco et de pain d'épice fendaient la foule, proposant leurs friandises.

Bonaparte avait marché silencieux, les bras croisés derrière le dos.

C'était vingt-deux années auparavant.

Il était maintenant l'Empereur des Français, et Mme de Brienne l'invitait à passer à table, puis au salon.

On se présentait à l'Empereur.

Un curé du voisinage, vêtu d'une redingote brune, s'approcha, s'inclina, prétendant avoir été l'un des professeurs de Bonaparte à l'école militaire, dirigée par les frères de l'ordre des Minimes.

- Qui êtes-vous ? lui demanda l'Empereur, comme s'il n'avait pas entendu.

Le curé répéta.

- La soutane, répliqua Napoléon, a été donnée aux prêtres pour qu'on les reconnaisse toujours de près ou de loin, et je ne reconnais pas un curé en redingote. Allez vous habiller.



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