
Quand un habit, veste et culotte, ne coûte que trente-deux francs, un cheval trois francs, et qu'une journée de travail est payée de un à deux francs, qu'un général de division touche quarante mille francs, cela peut sembler énorme, mais il ne peut y avoir d'égalité entre l'homme qui ordonne et celui qui obéit.
Et serais-je le seul à ne pas disposer d'une fortune alors que tous se sont enrichis ?
Lucien, nommé ministre de l'Intérieur, est mêlé à tant de trafics, fait l'objet de tant de rumeurs, qu'il va falloir l'éloigner. Joseph, membre du Conseil d'État, qui gère les fonds familiaux, est installé dans le somptueux château et domaine de Mortefontaine. C'est là que Murat et Caroline ont célébré leur mariage. Il possède un hôtel élégant construit par Gabriel, rue du Rocher. Pauline et son époux, le général Leclerc, sont installés dans un hôtel particulier de la rue de la Victoire. Letizia Bonaparte est entourée de financiers qui la conseillent pour ses placements.
C'est ma famille. Je leur dois cela, c'est dans l'ordre des choses. Comme la pauvreté et la misère. L'intelligence et la niaiserie. Le droit de commander et le devoir d'obéir.
Pensée d'aristocrate ? Pourquoi pas ? À la condition que la noblesse soit ouverte aux talents, qu'on accède à l'élite par l'effort, le courage et le savoir. Il faut faire la fusion - c'est le mot que j'emploie - entre la France d'avant, celle d'Ancien Régime, et la nouvelle, celle née de la Révolution. Et je suis cette fusion, je suis national.
