
Il suffit, pour domestiquer les hommes, de les gâter. L'expression est juste, n'est-il pas vrai ? « Je traiterai si bien ceux que je placerai au Conseil d'État qu'avant peu cette distinction deviendra l'objet de l'ambition de tous les hommes de talent qui désirent parvenir. »
Il y a encore quelques bavards au Tribunat, des membres de cette Assemblée qui disent : « Dans ces lieux, si l'on osait parler d'une idole de quinze jours, nous rappellerions qu'on vit abattre une idole de quinze siècles », d'autres, comme ce Benjamin Constant, qui évoquent un « régime de servitude et de silence ».
Napoléon sort du bain. Le souvenir de ces phrases vite étouffées sous les protestations et les excuses de leurs auteurs suffit à briser ce calme qui peu à peu s'était installé en lui.
- Je vais couper les oreilles à ces avocats, dit-il à l'aide de camp devant lequel il rappelle ces propos.
Il le retient. Ce ne sont pas là des façons d'agir.
Il sort du bain. Son mamelouk, aidé de deux petits Abyssiniens, qui servent aussi à table, le sèche.
Il va descendre chez Joséphine.
Il faudrait lui parler d'argent, des dettes folles qu'elle accumule pour ses bijoux, ses parures, ses chapeaux, le mobilier, les bibelots.
Il est vrai qu'elle sait recevoir. Il apprécie la Malmaison, cette demeure près de Rueil qu'elle a achetée, aménagée avec élégance. Il s'y rend du samedi midi au lundi midi. On y dîne le plus souvent à plus de vingt, et, quelquefois, il y a plus de cent invités. Mais Joséphine, il l'a appris par les rapports de police, par Bourrienne, par la rumeur, doit plus d'un million de francs, peut-être le double ! Il faut charger Bourrienne d'apurer les comptes.
