
Napoléon a envie de sourire.
Pourquoi céderait-il sa première place afin de devenir le second d'un roi qui n'a pour arme que le passé d'une dynastie renversée ?
Il tend la lettre à Talleyrand. Peut-être répondra-t-il, mais plus tard. Pour l'heure il faut faire la guerre, afin d'imposer la paix.
Le 17 mars 1800, il fait dérouler la carte d'Italie dans son cabinet topographique, attenant à son cabinet de travail. Il s'agenouille, s'allonge presque, étudiant chaque détail. Il place ici et là sur la carte des épingles à têtes noires ou rouges.
Le général autrichien Melas a installé son quartier général à Alexandrie. Il assiège Masséna qui résiste dans Gênes.
Napoléon suit avec son doigt sur la carte une ligne reliant plusieurs épingles. Il faut passer les Alpes, dit-il, au Grand-Saint-Bernard, avec l'armée de réserve rassemblée à Dijon, puis battre Melas dans la plaine.
- Ici, à San Giuliano.
Bourrienne se penche, lit le nom d'une ville voisine : Marengo.
Mais il faut agir vite. Le temps manque toujours. On doit profiter de la résistance de Masséna dans Gênes et des victoires du général Moreau, qui vient de réussir, trop prudemment, la traversée du Rhin.
Le 5 mai 1800, Napoléon, tout en marchant dans son cabinet, dicte à son secrétaire, dont la table est placée contre la fenêtre, une lettre pour Moreau.
« Je partais pour Genève lorsque le télégraphe m'a instruit de la victoire que vous avez remportée sur l'armée autrichienne : gloire et trois fois gloire !
« La position de l'armée d'Italie est assez critique : Masséna renfermé dans Gênes a des vivres jusqu'au 5 ou 6 prairial ; l'armée de Melas paraît considérable, quoique fortement affaiblie.
