
Il faut encore laisser une chance.
- Mais, reprend Napoléon, si vous persistez à retourner dans votre pays, vous irez aussi librement que vous êtes venu à Paris.
À Fouché de suivre l'homme, de surveiller ces royalistes, d'étouffer les complots qu'ils échafaudent avec la complicité des Anglais.
M'assassiner ? Ou bien tenter de faire de moi le restaurateur du roi ?
Chaque jour Joséphine et sa fille Hortense lui parlent des émigrés, dont la liste a été arrêtée au 25 décembre 1799. Pour pouvoir rentrer en France après cette date, il faut obtenir sa radiation de la liste. Et Joséphine continue d'aider les uns et les autres dans leurs démarches.
- Ces diables de femmes sont folles ! s'emporte Napoléon. C'est le faubourg Saint-Germain qui leur tourne la tête. Elles ont fait l'ange tutélaire des royalistes, mais cela ne fait rien, je ne leur en veux pas.
Un jour de mars 1800, Talleyrand lui tend une lettre qu'il a reçue et qui, dit-il, est passée de main en main. Le ministre ne montre aucune indignation, affichant une indifférence souriante.
Napoléon décachette la lettre, la parcourt d'un regard. Elle est signée Louis XVIII. Il a une bouffée d'orgueil. C'est lui qui habite le palais des Tuileries. Et le roi est en exil. Le roi quémande. Le roi flatte comme un courtisan.
« Quelle que soit leur conduite apparente, écrit-il, les hommes tels que vous, Monsieur, n'inspirent jamais d'inquiétude. »
Napoléon relève la tête, regarde Talleyrand. A-t-il, malgré les scellés, lu cette lettre ? En connaît-il le contenu ?
« Vous avez accepté une place éminente et je vous en sais gré, continue le frère de Louis XVI. Mieux que personne vous savez ce qu'il faut de force et de puissance pour faire le bonheur d'une grande nation. »
D'un coup d'œil Napoléon lit les phrases suivantes :
« Sauvez la France de ses propres fureurs, vous aurez rempli le premier vœu de mon cœur ; rendez-lui son roi, et les générations futures béniront votre mémoire. Vous serez toujours trop nécessaire à l'État pour que je puisse acquitter par des places importantes la dette de mon aïeul et la mienne. »
