
« Belle France », dit-il.
Durant le repas, à peine trente minutes, il répète : « Belle France, ah, avec quel plaisir je la reverrai. »
Puis on repart vers Avallon où l'on doit coucher. La journée est lumineuse, chaude même.
« Le soleil qui nous éclaire est celui qui nous éclairait à Lodi et à Arcole », murmure-t-il.
L'Italie, terre de ses premières victoires. Comment ne pourrait-il pas faire mieux qu'alors ? « Il y a quatre ans, n'est-ce pas avec une faible armée que j'ai chassé devant moi des hordes de Sardes et d'Autrichiens ? »
Il somnole cependant que la nuit tombe. Il est comme Alexandre, dit-il à mi-voix, qui donnait tout à la Grèce - lui, donne tout à la France. « Mort à trente-trois ans, quel nom il a laissé ! »
Lui, a conquis Milan, Le Caire, Paris. Il est le Premier consul, et que garderait de lui la postérité s'il était battu demain en Italie ?
À Avallon, où l'on arrive à dix-neuf heures trente, il dépouille le courrier jusqu'à près de minuit, donne ses ordres pour les étapes suivantes, puis départ à l'aube vers Dijon.
Les routes sont encombrées par les troupes qui marchent vers la ville. Les soldats le reconnaissent et l'acclament.
À Dijon, il harangue les troupes, puis c'est Auxonne.
C'est comme s'il rentrait dans son passé de lieutenant en second. Des silhouettes d'autrefois s'avancent. Il visite la direction de l'artillerie : « Voilà une salle où j'ai fait bien des lotos ! »
Si peu d'années depuis ces jours-là, et tant d'événements, qu'il ressent comme un vertige et se dépêche de partir.
La nuit, au fur et à mesure qu'on s'élève vers les plateaux du Jura, se fait plus froide, plus dense. On dépasse des troupes.
