
La nuit tombe. Il faut repartir, descendre en se laissant glisser sur la glace et la neige, coucher dans du foin au village d'Étroubles.
Partout dans ces vallées Napoléon se sent entouré par les ombres de l'histoire. Il s'arrête à Aoste. Il veut visiter l'arc de triomphe d'Octave-Auguste et les fortifications romaines. Il met ses pas dans ceux des conquérants et des empereurs, comme en Égypte. Le 25 mai, il galope en compagnie de Duroc en avant de son escorte, quand tout à coup il se trouve face à une patrouille de cavalerie autrichienne qui leur demande de se rendre. Heureusement, l'escorte arrive.
La Fortune, une nouvelle fois, m'a protégé.
Le 2 juin, il fait atteler six chevaux blancs au carrosse qui doit le conduire à Milan. Mais le temps est à l'orage, la pluie tombe à verse et les Milanais ont déserté les rues.
Il s'est habitué aux acclamations, au triomphe, et le silence de la ville l'irrite. Il s'emporte, convoque Bourrienne. Il faut effacer cela, faire libérer les prisonniers politiques enfermés par les Autrichiens, redonner vie à la République cisalpine.
Il dicte, à une heure du matin, une dépêche pour les consuls. Entre la réalité et les mots, qui, à Paris, verra la différence ? Les mots acquièrent une vérité à eux. « Milan, commence-t-il d'une voix saccadée, m'a fait une manifestation spontanée et touchante. »
À Paris, tous les envieux, les comploteurs, les rivaux, les lâches, les avides qui grouillent, habiles survivants de tant d'époques de terreur, sont à l'affût d'un signe de faiblesse. Il ne faut rien leur laisser espérer.
Tout en dictant une lettre pour Fouché, il va et vient dans les grandes salles du palais : « Je vous le recommande encore, frappez vigoureusement le premier, quel qu'il soit, qui s'écarterait de la ligne, c'est la volonté de la nation entière. » Il s'interrompt.
