
Les chevaux des dragons de l'escorte piaffent et hennissent. Leurs naseaux sont enveloppés d'une vapeur qui, après quelques instants, se confond avec le brouillard.
Il fait froid et humide.
Temps de saison, ce 11 novembre 1799, 20 brumaire an VIII.
Il est un peu plus de onze heures.
Bourrienne, le secrétaire, ouvre la porte. Les deux autres consuls provisoires, Sieyès et Roger Ducos, attendent au palais du Luxembourg, hier siège du Directoire, aujourd'hui du Consulat qui est né dans la nuit.
Napoléon se tourne. Il fait ainsi face au miroir qui surmonte la cheminée.
Voilà vingt-cinq jours, il entrait dans ce salon, arrivant d'Égypte.
C'était l'aube. La maison était vide. Il voulait répudier Joséphine absente. Et elle est là, dans cette longue tunique diaphane qui laisse deviner son corps. Elle s'appuie avec nonchalance a la cheminée. Elle est déjà parée, comme à chaque moment de la journée. Un ruban de soie bleue retient les boucles qui encadrent son visage poudré.
Vingt-cinq jours ont passé. Il a renoncé au divorce. Il n'a pas oublié ce qu'il a découvert : qu'elle a été frivole et adultère, qu'elle s'est moquée de lui. Mais, dans la préparation de ces journées des 18 et 19 brumaire, elle a été une alliée utile, efficace, une épouse tendre et attentive.
Tout a changé, donc, en vingt-cinq jours.
Il n'était, le 16 octobre, au matin de son retour, qu'un général qui avait quitté son armée, l'abandonnant en Égypte, un général que l'opinion soutenait mais que le gouvernement pouvait destituer, accuser de désertion.
Il a joué.
Hier, 10 novembre, à Saint-Cloud, dans le palais de l'Orangerie, quand les députés des Cinq-Cents se sont précipités contre lui en criant : « Hors-la-loi ! Mort au dictateur ! Hors-la-loi ! », il a cru quelques minutes qu'il avait perdu. Il s'est même affolé.
