
Bourrienne est-il d'accord avec ce Parallèle entre César, Cromwell, Monk et Bonaparte ? A-t-il lu ce qu'écrit ce Louis de Fontanes ? « C'est à des Martel, à des Charlemagne, et non à des Monk, qu'il convient de comparer Bonaparte. »
Napoléon lance à nouveau la brochure sur le sol. Il est saisi de colère. Il connaît ce Fontanes, un marquis rentré d'émigration après le 18 Brumaire. Un homme de lettres, qui écrit au Mercure de France, et qui est bon orateur. Il a célébré avec talent la mémoire de Washington aux Invalides. Et c'est ce jour-là qu'Élisa Bacciocchi a fait comprendre à Napoléon qu'elle était la maîtresse de Fontanes. Il n'a pu qu'accepter. Que pourrait-il reprocher à sa sœur Élisa ? On l'a mariée à un pauvre homme, un petit officier corse sans talent ni ambition, alors que c'est une femme de caractère. Il a revu Fontanes, chez Lucien. Depuis que Lucien Bonaparte est veuf, Élisa a pris en main la vie mondaine de son frère, ministre de l'Intérieur. Elle reçoit, anime un salon littéraire où se retrouvent La Harpe, Arnault, Roederer. Elle y brille en compagnie de Fontanes. C'est Lucien, avec elle et sans doute avec la complicité de Joseph, qui a dû penser qu'il fallait, après la conspiration des poignards, exprimer publiquement l'idée que Napoléon devait devenir roi, souverain héréditaire, qu'il était un fondateur de dynastie. Et, naturellement, puisque Lucien, Joseph, Élisa, le clan des Bonaparte pense et veut cela, Joséphine y est hostile. Voilà pourquoi elle est venue ce matin jouer de ses charmes, parler du « vilain Lucien ».
Ils se détestent les uns les autres. Elle craint, si je deviens roi, qu'il me faille un héritier qu'elle ne peut pas me donner. Elle a peur de la répudiation, du divorce.
Je donne à tous ce que je peux et ils se battent comme des chiens avides. Ils sont impatients. C'est moi, qu'ils déchirent. A-t-on idée d'écrire en évoquant ma mort : « Où est-il, le successeur de Périclès ?.. Les Néron, les Caligula, les Claude remplacèrent à Rome le plus grand des mortels, lâchement assassiné... Français ! Vous dormez au bord d'un abîme. »
