
Il n'y a toujours que Fouché qui continue de montrer son scepticisme et assure qu'il s'agit d'une machination royaliste.
On rapporte ses propos le soir dans le salon de Joséphine, où les femmes des généraux et des notables sont rassemblées et où Napoléon passe, interpellant le préfet de police Dubois : « À votre place, je serais bien honteux de ce qui est arrivé hier ! », puis lançant afin qu'on l'entende : « Fouché a ses raisons pour se taire ; il ménage les siens ; il est tout simple qu'il ménage un tas d'hommes couverts de sang et de forfaits ! N'a-t-il pas été un de leurs chefs ? Ne sais-je pas ce qu'il a fait à Lyon et à la Loire ? Eh bien, c'est la Loire et Lyon, qui m'expliquent la conduite de Fouché. »
Il regarde autour de lui.
Seule Joséphine défend Fouché, parce qu'elle pense que le ministre de la Police est hostile à une transformation du Consulat en monarchie, ce qui signifierait le désir d'un héritier et la répudiation de l'épouse qu'elle est. Mais tous les autres ont l'échine qui tremble au souvenir de la Terreur. Et il est bon qu'ils se souviennent. Il est utile que la France craigne un retour de la guillotine.
Bientôt, une liste de cent trente jacobins à déporter sera établie.
Napoléon, devant le Conseil d'État, parle d'une voix voilée par la colère et la détermination. Peu importe si ces jacobins-là ne sont pas impliqués directement dans l'attentat de la rue Saint-Nicaise, dit-il.
« Ce grand exemple est nécessaire pour rattacher la classe intermédiaire à la République. Il est impossible de l'espérer tant que cette classe se verra menacée par deux cents loups enragés qui n'attendent que le moment de se jeter sur leur proie... »
