- On ne me fera pas prendre le change, il n'y a ici aucun chouan, ni émigré, ni ci-devant noble, ni ci-devant prêtre, martèle-t-il.

Ce sont des jacobins, des septembriseurs.

Il s'avance vers Fouché.

- J'en vais faire une justice éclatante...

Il est irrité que Fouché répète qu'il s'agit de chouans et qu'il en apportera la preuve dans les huit jours. Il lui tourne le dos.

Il reste éveillé une partie de la nuit.

Presque tout son entourage lui a conseillé de renvoyer Fouché et le préfet de police Dubois : le ministre se souvient d'avoir été terroriste, et le préfet est un incapable.

Mais il hésite. Il faut frapper les jacobins suspects de sympathie pour la conspiration des poignards et ne pas se laisser convaincre par Fouché, mais on peut le laisser agir.

Il faut en tout cas utiliser l'émotion populaire pour montrer qu'on est le rempart contre le retour des temps de la guillotine. Car s'il est une chose que les Français ne veulent plus, c'est cela.

Sa résolution est prise. L'attentat de la rue Saint-Nicaise doit devenir une arme entre ses mains pour réduire ses ennemis et rassembler les Français autour de lui.

Lorsqu'il descend dans la cour du palais des Tuileries pour assister à la grande parade des troupes, la foule l'acclame. Les officiers, dans les salles de garde du palais, font de même. Le président du Tribunat et les autorités municipales et départementales viennent l'assurer de leur zèle. Puis ce sont les membres du Conseil d'État et de l'Institut qui lui rendent hommage.

Les discours se succèdent, et les serments de fidélité se répètent. Il les observe, ces hommes aux paroles empressées et emphatiques. Il est sans illusion. Pour ces hommes-là, il n'est qu'un bouclier utile. Il faut les tenir par la peur qui les habite.

« Cette poignée de brigands m'a attaqué directement, dit-il. Cette centaine de misérables qui ont calomnié la liberté par les crimes qu'ils ont commis en son nom seront désormais mis dans l'impuissance absolue de faire aucun mal... Ce sont des septembriseurs, les restes de tous les hommes de sang qui ont traversé la Révolution dans le crime. »



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