Il connaît ce palais. Il y est venu en quémandeur qu'on ignorait. Mais, depuis hier, celui qu'il sollicitait, Barras, n'est plus qu'un homme sans pouvoir qui va cuver dans l'obscurité sa richesse, acquise au sommet de l'État. Il y a quelques heures encore, Barras était l'un des Directeurs devant lequel il fallait rendre des comptes, dont on guettait les ordres. Ce temps est fini.

Il entre dans la salle aux plafonds peints de fresques. Sieyès et Roger Ducos l'attendent debout.

Ces deux hommes-là partagent le pouvoir avec lui. Ducos n'est qu'un figurant, un comparse, mais Sieyès est un habile joueur, un homme d'idées, une figure de la Révolution. C'est avec lui qu'il faut compter.

Napoléon l'observe. Sieyès lui paraît vieux, sans véritable énergie. Si le combat s'engageait entre eux, Sieyès ne pourrait vaincre. Il doit le savoir. Il essaiera, comme lors des vingt-cinq jours qui viennent de s'écouler, de tendre des pièges, d'utiliser les armes de l'habileté.

Il croit peut-être qu'avec des arguties de juriste, des articles de Constitution, on peut enfermer un homme comme moi !

Sieyès pousse les portes, vérifie avec soin qu'elles sont closes.

- Il est bien inutile d'aller aux voix pour la présidence, dit Ducos en s'asseyant. Elle vous appartient de droit, général.

Napoléon regarde Sieyès, qui se tait mais ne peut dissimuler la crispation de son visage. Napoléon prend place dans le fauteuil placé au centre, puis déclare qu'il refuse une présidence permanente.

Il faut savoir attendre, laisser Sieyès se découvrir. La période qui commence est provisoire. C'est la Constitution qui va être élaborée qui décidera de la place de chacun.

Si Sieyès imagine pouvoir m'ensevelir sous les honneurs, il se trompe.

Sieyès s'est levé. Il vérifie à nouveau que les portes de la salle sont fermées. Puis il montre une commode à Napoléon.



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