
Je me suis tout de suite mis à pleurer. À gros sanglots. J'ai sangloté ainsi pratiquement toute une semaine sans répit. J'ai sangloté à l'enterrement. Personne ne pouvait me toucher, pas même Shauna ou Linda. Je dormais seul dans notre lit, la tête enfouie dans l'oreiller d'Elizabeth, essayant de sentir son odeur. J'ouvrais ses placards et pressais ses vêtements contre mon visage. Rien de tout cela ne me réconfortait. C'était bizarre et ça faisait mal. Mais c'était son odeur, une partie d'elle-même, et je ne pouvais m'en empêcher.
Des amis bien intentionnés — souvent la pire espèce — me servaient les platitudes d'usage. Je suis donc bien placé pour vous mettre en garde: contentez-vous de me présenter vos plus profondes condoléances. Ne me dites pas que je suis jeune. Ne me dites pas que ça ira mieux. Ne me dites pas qu'elle est dans un monde meilleur. Ne me dites pas que ça fait partie d'un plan divin. Ne me dites pas que j'ai eu de la chance de vivre un tel amour. Tous ces clichés me font grimper aux rideaux. En regardant — ça ne va pas paraître charitable — le crétin qui les profère, je me demande pourquoi il respire toujours alors que mon Elizabeth est en train de pourrir sous terre.
J'ai aussi entendu des conneries du style: « Avoir aimé et perdu, c'est déjà positif ». Encore une idée fausse. Je vous assure, ce n'est pas positif. Qu'on n'aille pas me montrer le paradis pour ensuite le réduire en cendres. Voilà pour l'aspect égoïste. Moi, ce qui me rendait malade — réellement malade —, c'était de songer à tout ce dont Elizabeth avait été privée.
