
Vous n'imaginez pas le nombre de fois où je vois quelque chose, où je fais quelque chose qui lui aurait plu, et rien que d'y penser la blessure se remet à saigner.
Les gens se demandent si j'ai des regrets. La réponse est: un seul. Je regrette chaque minute où j'ai été occupé à autre chose qu'à rendre Elizabeth heureuse.
— Docteur Beck?
— Encore une petite seconde.
La main sur la souris, j'ai fait glisser le curseur sur l'icône « Lire ». J'ai cliqué dessus, et le message est apparu:
A:
De:
Objet: E.P. + D.B. /////////////////////
Message: Clique sur ce lien, heure du baiser, anniversaire.
Un bloc de béton me pesait sur la poitrine.
Heure du baiser?
Ça ne pouvait être qu'une blague. Les énigmes, ce n'est pas mon fort. La patience non plus.
J'ai empoigné la souris et fait glisser le curseur sur le lien hypertexte, puis cliqué et entendu le cri primal du modem, appel nuptial de la machine. On a un vieux système, à la clinique. Le navigateur a mis du temps à apparaître. J'ai patienté en me disant: Heure du baiser, comment a-t-il su, pour l'heure du baiser?
Le logiciel de navigation s'est ouvert. Avec un message d'erreur.
J'ai froncé les sourcils. Qui diable a pu envoyer cela? J'ai refait une tentative, pour retomber sur « Erreur ». Le lien était rompu.
Qui diable est au courant, pour l'heure du baiser?
Je n'en ai jamais parlé. Elizabeth et moi, on n'en discutait guère, sans doute parce qu'il n'y avait pas de quoi en faire un plat. Sentimentaux comme nous l'étions, ces choses-là, nous les gardions pour nous. C'est assez gênant au fond, mais à l'époque, au moment de ce premier baiser, j'avais noté l'heure. Comme ça, pour m'amuser. En m'écartant, j'avais regardé ma montre et dit: « Six heures et quart ».
Et Elizabeth avait répondu: L'heure du baiser.
