
Nous avons fait connaissance quinze jours plus tard, dans la classe de CE 1 de Mlle Sobel, et à partir de ce moment-là — s'il vous plaît, ne faites pas mine de vomir quand je dis ça —, on ne s'est plus quittés. Les adultes trouvaient notre relation à la fois attendrissante et malsaine, tandis que notre amitié de mômes avec ses quatre cents coups se muait en une amourette d'adolescents et, les hormones aidant, en flirt de collégiens. Tout le monde croyait que ça allait nous passer. Même nous. On était du genre plutôt éveillé, surtout Elizabeth, brillants élèves, rationnels jusque dans cet irrationnel amour dont nous mesurions les aléas.
Et nous nous retrouvions à vingt-cinq ans, mariés depuis sept mois, à l'endroit même où, à l'âge de douze ans, nous avions échangé notre premier baiser.
Lamentable, je sais.
On s'est frayé un passage entre les branchages, dans une moiteur à couper au couteau. L'odeur résineuse des pins nous prenait à la gorge. Nous avancions péniblement dans les hautes herbes. Moustiques et consorts jaillissaient en une nuée bourdonnante dans notre sillage. Les arbres jetaient de longues ombres qu'on pouvait interpréter à sa guise, comme quand on essaie de déterminer la forme d'un nuage ou celle d'une tache d'encre dans le test de Rorschach.
