Mon radeau était en train de s'éloigner de la rive. Je voulais faire le point sur ce qui m'était arrivé, mais même moi je ne comprenais pas tout. Je commençais à perdre Elizabeth de vue. Tandis qu'elle se fondait dans le noir, j'ai pris une décision. J'allais lui dire. Tout.

Hochant la tête, j'ai fermé les yeux. Je me sentais redevenir léger. L'eau clapotait doucement.

Soudain, j'ai entendu s'ouvrir une portière de voiture. Je me suis rassis.

— Elizabeth?

Silence total, excepté ma propre respiration.

J'ai cherché sa silhouette des yeux. Elle était à peine distincte, mais l'espace d'un instant, je l'ai vue. Ou j'ai cru la voir. Je n'en suis pas sûr maintenant, et de toute façon ça n'a plus d'importance. Quoi qu'il en soit, Elizabeth s'était figée, peut-être face à moi.

J'ai dû cligner des yeux — ça non plus, je n'en suis pas sûr — et quand j'ai regardé à nouveau, elle avait disparu.

Mon cœur a fait un bond.

— Elizabeth!

Pas de réponse.

Alors j'ai paniqué. Je suis tombé du radeau, j'ai nagé en direction du ponton. Mais je faisais du bruit, beaucoup trop de bruit, ça m'empêchait d'entendre ce qui se passait, s'il se passait quelque chose. Je me suis arrêté.

— Elizabeth!

Pendant un long moment, il n'y a pas eu le moindre son. La lune était toujours cachée derrière le nuage. Peut-être qu'Elizabeth était remontée dans la voiture, pour y prendre quelque chose. J'ai ouvert la bouche afin d'appeler encore une fois.

C'est là que je l'ai entendue crier.

J'ai baissé la tête et me suis remis à nager, de toutes mes forces, battant des bras, poussant sur les jambes. Mais le ponton était encore loin. J'essayais de scruter la rive: il faisait trop sombre, les rares échappées de la lune n'éclairaient rien.



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