
— On joue trop l’artiste, Herr Case, maugréa Ratz. (Le grognement lui tenait lieu de rire. Il gratta d’une pince rose le surplomb de bedaine qui saillait sous la chemise blanche.) L’artiste des coups un peu rigolos.
— Ben voyons, fit Case en sirotant sa bière. Faut bien qu’y ait un p’tit rigolo dans le coin. Sûr que t’es mal barré pour ça.
Le gloussement de la pute grimpa d’une octave.
— Toi aussi, fillette. Alors, tu disparais, vite fait, vu ? Zone, c’est un pote à moi.
Elle regarda Case dans les yeux tout en esquissant à peine un bruit de crachement, lèvres presque immobiles. Mais elle s’en alla.
— Bon Dieu, fit Case. Qu’est-ce que c’est que ce trou à rats ? Même pas moyen de boire un verre.
— Ah, dit Ratz en épongeant avec un vieux chiffon le bois rayé. Zone prend son pourcentage, toi, je te laisse bosser ici pour amuser la galerie.
Case saisissait son verre de bière lorsque tomba l’un de ces étranges instants de silence, comme si une centaine de conversations sans rapport étaient soudain simultanément parvenues à la même pause. Le rire de la pute s’éteignit, sur une dernière note un rien hystérique.
— Un ange passe, grogna Ratz.
— Les Chinois, beugla un Australien soûl. Ces putains de Chinois qu’ont inventé la neuronnexion. Pour vous couper les nerfs en quatre, ils s’y entendent pour t’arranger, mec…
— Et allons donc, dit Case, en lorgnant son verre, toute son amertume remontant soudain en lui comme un flot de bile. Qu’est-ce qu’y faut pas entendre comme conneries.
Les Japonais en avaient déjà plus oublié en neurochirurgie que les Chinois n’en avaient jamais su. Les cliniques au noir de Chiba avaient beau être à la pointe de la technologie, avec des pans entiers de la technique remplacés mensuellement, elles n’avaient pas pu malgré tout réparer les dégâts qu’il avait subis dans cet hôtel de Memphis.
