Case avait vingt-quatre ans. À vingt-deux, il était un cow-boy, un braqueur, l’un des tout bons de Zone. Sa formation, il la tenait des meilleurs, les McCoy Pauley et autres Bobby Quine, des légendes dans le métier. Il avait opéré en trip d’adrénaline pratiquement permanent, un sous-produit de la jeunesse et de la compétence, branché sur une platine de cyberspace maison qui projetait sa conscience désincarnée au sein de l’hallucination consensuelle qu’était la matrice. Voleur, il avait travaillé pour d’autres voleurs plus riches, des employeurs qui lui fourguaient le logiciel bien particulier requis pour pénétrer les murs brillants des réseaux de grosses sociétés, pour tailler des ouvertures dans de riches champs de données.

Il avait commis l’erreur classique, celle qu’il s’était juré de ne jamais faire. Il avait piqué à ses employeurs. Il avait étouffé une bricole et cherché à la sortir par un fourgue à Amsterdam. Il ne savait pas encore au juste comment ils l’avaient chopé, non que cela eût de l’importance à présent. Il s’était alors attendu à mourir, mais ils s’étaient contentés de sourire. Bien sûr, qu’il était libre d’entrer, lui avaient-ils dit, libre de taper dans le fric. Surtout qu’il allait en avoir besoin. Parce que – et ils souriaient toujours – ils allaient bien veiller à ce qu’il ne travaille plus jamais.

Ils lui endommagèrent le système nerveux avec une mycotoxine russe héritée de la guerre.

Ficelé sur un lit dans un hôtel de Memphis, il hallucina pendant trente heures tandis que son talent se consumait micron par micron.

Le dommage fut minime, subtil et parfaitement efficace.

Pour Case, qui n’avait vécu que pour l’exultation désincarnée du cyberspace, ce fut la Chute. Dans les bars qu’il fréquentait du temps de sa gloire, l’attitude élitiste exigeait un certain mépris pour la chair. Le corps, c’était de la viande. Case était tombé dans la prison de sa propre chair.



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