
— Novecento ?
— Novecento.Mille-neuf-cents.
— Mais c’est un chiffre !
— C’était un chiffre : àpartir de maintenant, c’est un nom. » Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento.C’est parfait. C’est magnifique. Un sacré grand nom, Christ, vraiment, un grandnom. Il ira loin, avec un nom comme ça. Ils se penchèrent sur la boîte encarton. Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento les regarda et sourit : ils enrestèrent babas : ils n’auraient jamais cru qu’un môme aussi petit puissefaire autant de merde.
DannyBoodmann resta encore marin pendant huit ans, deux mois et onze jours. Puis,pendant une tempête, au beau milieu de l’Océan, il se prit en plein dos unepoulie devenue folle. Il mit trois jours à mourir. Il était tout cassé à l’intérieur,impossible de le réparer. Novecento était un gamin, à l’époque. Il s’assit àcôté du lit de Danny, et il n’en bougea plus. Il avait une pile de vieuxjournaux, et il passa ces trois jours, en se donnant un mal de chien, à lire auvieux Danny, qui était en train de casser sa pipe, tous les résultats descourses qu’il trouvait. Il mettait les lettres ensemble, comme Danny lui avaitappris, le doigt posé sur le papier du journal, les yeux qui ne s’endétachaient pas un instant. Il ne lisait pas vite, mais il lisait. C’est ainsique le vieux Danny mourut sur la septième course de Chicago, remportée de deuxlongueurs par Eau Potablesur Minestrone, et decinq sur Fond de Teint Bleu.Il faut dire qu’en entendant ces noms-là, il n’avait pas pu s’empêcher de rireet, en riant, il passa l’arme à gauche. On l’enveloppa dans une grande toile,et on le rendit à l’Océan. Sur la toile, à la peinture rouge, le capitaineécrivit : Thanks Danny.
Et c’est ainsi que, brusquement, Novecento devintorphelin pour la seconde fois. Il avait huit ans, et derrière lui déjà une
