
Bref, de temps en temps, il leurarrivait aussi par là-dessus un mouflet, autrement dit une bouche de plus ànourrir, pour un émigrant, et un sacré paquet d’ennuis à l’office de l’immigration.Alors ils le laissaient sur le bateau. En échange des rideaux et des draps,quoi. C’est ce qui avait dû arriver, pour ce mouflet-là. Ils s’étaient fait leraisonnement : si on le laisse sur le piano à queue, dans la salle de baldes premières, peut-être qu’un rupin va le prendre, et qu’il sera heureux toutesa vie. C’était un bon plan. Qui marcha à moitié. Rupin, il ne le fut pas. Maispianiste, oui. Et le plus grand, je le jure, le plus grand.
Bon, bref. Le vieux Boodmann letrouva là, et chercha quelque chose disant qui il était, mais il ne trouva qu’uneinscription, sur le carton de la boîte, imprimée à l’encre bleue : T.D. Limoni. Il y avait mêmeune espèce de dessin, avec un citron. Bleu lui aussi. Danny, c’était un nègrede Philadelphie, un géant d’homme, magnifique à voir. Il prit le bébé dans sesbras et lui dit « Hello Lemon ! ». Et quelque chose à l’intérieurde lui se déclencha, quelque chose comme la sensation qu’il était devenu père.Pendant tout le reste de sa vie, il continua à prétendre que T.D., ça voulaitdire évidemment Thanks Danny.Merci Danny. C’était absurde mais il y croyait. Ce môme, on l’avait laissé làpour lui. Il en était sûr... T.D., Thanks Danny. Un jour, quelqu’unlui apporta un journal où il y avait une réclame, et un type avec une tête d’imbécileet des moustaches fines-fines, genre latin lover, et un citron groscomme ça dessiné, et ce qu’il y avait d’écrit à côté, c’était : «TanoDamato le roi des citrons, Tano Damato, le citron des rois », avec je nesais quel certificat ou premier prix ou quoi... Tano Damato... Le vieux
