
Et si les Qvals, qui ont bel et bien existé quoi qu’en disent certains (mon maître confirme leur présence dans l’Estérion), détenaient les réponses à nos interrogations, les solutions aux problèmes posés par notre croissance ? Et si nous abandonnions aux umbres (« umbres » sans doute parce qu’ils sont plus silencieux que des ombres), ces mystérieuses créatures volantes dont les incursions se font de plus en plus fréquentes et meurtrières, la tâche de la régulation de ce monde ?
La brise peinait déjà à remuer un air qui, dans quelques instants, serait plus brûlant que l’intérieur du four.
Lobzal oublia sa propre douleur pour tourner la tête vers sa mère. Les bras et les jambes écartés, vêtue d’une robe tachée, déchirée, elle donnait de temps à autre des coups de boutoir pour se libérer des attaches de corde tressée qui, fixées sur des piquets profondément enfoncés dans la terre sèche, lui plaquaient les poignets et les chevilles au sol.
À la première sonnerie, le groupe d’hommes chargé d’exécuter la sentence avait déserté le sommet de la colline de l’Ellab. Drapés dans de longues robes brunes, le visage enfoui sous un masque d’écorce qui symbolisait les chanes, les démons grinçants de l’au-delà, ils s’étaient éloignés en silence, de la même façon qu’ils avaient effectué leurs gestes successifs sans prononcer le moindre mot, sans trahir le son de leur voix. L’anonymat était la règle absolue des protecteurs des sentiers.
