Secouée par une crise de larmes, elle heurta à plusieurs reprises le sol de l’arrière du crâne et souleva un petit nuage de brindilles et de poussière qui estompa en partie ses traits et renforça, par contraste, l’éclat tragique de ses yeux. Lobzal aurait voulu voler à son secours, mais les liens le maintenaient prisonnier du tronc de l’arbuste. Les protecteurs des sentiers s’y entendaient pour faire des nœuds solides.

Ils s’y entendaient, d’ailleurs, pour ligoter tous les aspects de la vie. Dans le secteur de Cent-Sources, un adolescent ne pouvait s’engager sur l’un des sept sentiers d’évolution sans recevoir leur agrément, une jeune mère ne pouvait fonder son mathelle sans obtenir leur aval, ils arbitraient la plupart des conflits liés aux ressources, les controverses portant sur les légendes de l’Estérion, ils se proclamaient les gardiens de l’ordre, de la loi, ils exécutaient les sentences qu’ils ne laissaient à personne d’autre le soin de prononcer. Le tout à l’abri d’un anonymat confortable. Dissimulés sous d’amples capuchons et des masques d’écorce, ils employaient un langage gestuel qu’ils étaient les seuls à comprendre. Lorsqu’il leur fallait s’adresser aux autres, rendre leur verdict par exemple ou promulguer une loi, ils utilisaient un système qui déformait leur voix et rendait toute identification impossible. On savait seulement, à leur stature, à leur silhouette, qu’ils ne comptaient que des hommes dans leurs rangs. Le vieillard croisé le matin sur une piste, le constant transi d’amour pour une mathelle, le volage qui butinait de femme en femme, le chasseur livrant les quartiers et les peaux de yonk, le potier, le tanneur, l’écorneur, le tisserand, le céréalier, le cueilleur, ils pouvaient tous appartenir au corps secret des protecteurs des sentiers.

Ils s’étaient introduits en pleine nuit dans la pièce où Lobzal dormait en compagnie des autres enfants du domaine.



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