mais le contentement qui remplit mon âme fut tel, voyant l’infidèle vaincu par le chrétien, que je ne faisais aucun cas de mes blessures, bien que sous le coup de la douleur j’aie plusieurs fois perdu connaissance… Mais il sied mieux au soldat d’être mort dans la bataille que libre dans la fuite… Les blessures que le soldat porte sur le visage et sur la poitrine sont des étoiles qui guident les autres au ciel de l’honneur et au désir des nobles louanges… »

Je croyais tout connaître et cependant j’écoute Maria de Ségovie. Elle raconte comment la Marchesa éperonne la Sultane, la galère capitane d’Ali Pacha, et comment le mât central de la Marchesa s’abat sur le pont du vaisseau musulman. Les janissaires d’Ali Pacha se précipitent. L’un d’eux tranche d’un coup de hache la tête de christ, la brandit comme un trophée, le signe de la victoire turque, bien que le combat vienne à peine de commencer en cette aube du dimanche 7 octobre 1571. Mais la mer est déjà rouge de sang.

— Alors, dit Maria de Ségovie, Bernard de Thorenc, suivi par Benvenuto Terraccini, bondit sur le pont de la Sultane.

Elle s’interrompt, montre la tête de christ aux yeux clos.

— Tu hoc signo vinces, dit-elle à nouveau.

Elle prend ma main, m’entraîne à l’intérieur de la boutique.

J’avance dans la pénombre d’une salle voûtée aux murs de pierres inégales. Je devine, au fond, une porte ouverte sur une galerie plus obscure. C’est de là que vient le souffle humide qui rafraîchit la pièce.

Je distingue, accrochés aux murs, des casques, des glaives, des boucliers et un grand étendard de damas rouge. Je m’approche. Je reconnais les figures brodées du Christ, de saint Pierre et de saint Paul, et, entourant une croix de Malte, blanche, les mots : Tu hoc signo vinces.

Le pape Pie V a choisi cette devise, celle de l’empereur Constantin, pour la flotte chrétienne de la Sainte Ligue.



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