
— Ils ont tous été pris ici, égorgés, éventrés, dépecés, noyés.
Elle retourne s’asseoir.
— Une seule femme, Anne de Buisson, a survécu, ajoute-t-elle.
Elle tend le bras, montre un livre.
— Plus tard, Anne a raconté ce qu’elle a vécu. Huguenote, elle s’était convertie. Si Paris vaut bien une messe, sa vie à elle valait davantage, non ?
Maria écarte les bras. La peau sous ses aisselles est flasque et fripée. C’est comme si, tout à coup, son corps vieilli et las passait aux aveux.
Elle surprend mon regard, se lève, se dirige vers la vitrine tout en continuant de parler.
Elle a, dit-elle, trouvé le manuscrit d’Anne de Buisson dans le legs Bernard de Thorenc.
— Peut-être l’a-t-il sauvée ? peut-être se sont-ils aimés ?
Elle me tourne le dos, se penche vers la vitrine.
— Il faut écrire leur histoire, dit-elle.
Elle se redresse et s’avance vers moi, portant dans ses mains cette tête de christ aux yeux clos.
— Ces temps-là reviennent, murmure-t-elle. On veut à nouveau décapiter le Christ !
PREMIÈRE PARTIE
Lépante est le plus retentissant des événements militaires du XVIe siècle en Méditerranée […]. L’enchantement de la puissance turque est brisé.
Fernand Braudel.
1.
Moi, Bernard de Thorenc, je commence à écrire, en implorant la miséricorde de Dieu, le récit de ma vie.
