On avait blessé puis tué l’amiral de Coligny. Il fallait massacrer tous les huguenots pour les empêcher de se venger. Sur ordre du roi et de la reine mère Catherine, le prévôt des marchands avait fait fermer les portes de Paris et arrimer toutes les barques avec des chaînes.

— Ils ont tous été pris ici, égorgés, éventrés, dépecés, noyés.

Elle retourne s’asseoir.

— Une seule femme, Anne de Buisson, a survécu, ajoute-t-elle.

Elle tend le bras, montre un livre.

— Plus tard, Anne a raconté ce qu’elle a vécu. Huguenote, elle s’était convertie. Si Paris vaut bien une messe, sa vie à elle valait davantage, non ?

Maria écarte les bras. La peau sous ses aisselles est flasque et fripée. C’est comme si, tout à coup, son corps vieilli et las passait aux aveux.

Elle surprend mon regard, se lève, se dirige vers la vitrine tout en continuant de parler.

Elle a, dit-elle, trouvé le manuscrit d’Anne de Buisson dans le legs Bernard de Thorenc.

— Peut-être l’a-t-il sauvée ? peut-être se sont-ils aimés ?

Elle me tourne le dos, se penche vers la vitrine.

— Il faut écrire leur histoire, dit-elle.

Elle se redresse et s’avance vers moi, portant dans ses mains cette tête de christ aux yeux clos.

— Ces temps-là reviennent, murmure-t-elle. On veut à nouveau décapiter le Christ !

PREMIÈRE PARTIE

Lépante est le plus retentissant des événements militaires du XVIe siècle en Méditerranée […]. L’enchantement de la puissance turque est brisé.

Fernand Braudel.

1.

Moi, Bernard de Thorenc, je commence à écrire, en implorant la miséricorde de Dieu, le récit de ma vie.



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