
Montanari avait donc été contraint d’emprunter la voie terrestre.
La neige tombée tôt avait rendu le franchissement des Pyrénées difficile. Des pluies torrentielles l’avaient contraint à séjourner longuement à Montpellier, puis à Nîmes. Une fièvre maligne l’avait terrassé en Avignon où il avait dû demeurer plusieurs semaines isolé, accusé de répandre les miasmes de la peste atlantique dont on savait qu’elle ravageait Tolède et Séville, Valladolid et Madrid, et à laquelle on imputait la mort du roi Philippe II.
Montanari avait dû fuir la ville pour échapper à une foule menaçante qui voulait incendier l’auberge où il était descendu.
Affaibli, il avait cheminé lentement. Le temps, tout au long de la route d’Avignon à Apt et Draguignan, était aux bourrasques et aux nuits glaciales.
Parvenu à Grasse, il s’est souvenu que ma demeure était située à quelques heures de marche, le long de la vallée de la Siagne, et, au début de l’après-midi de ce 7 janvier 1599, il a frappé à la poterne du Castellaras de la Tour.
Le vent soufflait en rafales, ployant les arbres nus, repoussant la neige contre les murailles, comblant les fossés, hurlant comme une horde de loups affamés.
Je n’ai d’abord reconnu que la voix grave et le regard voilé de Vico Montanari.
J’ai aussitôt serré contre moi son corps de vieil homme. Il grelottait et j’étais ému au souvenir de la vigueur du jeune soldat qui, sur le pont de la galère la Marchesa, avait vu avec moi la flotte turque d’Ali Pacha surgir dans la lumière grise de l’aube, sur cette mer Ionienne encore noire mais que le combat allait teinter de rouge. Je l’avais retrouvé à Paris, ambassadeur de la sérénissime République. C’était alors un homme dans la force de l’âge et durant les journées sanglantes de la Saint-Barthélemy il m’avait ouvert sa porte.
