Max Gallo

LA CROIX DE L’OCCIDENT

Suite romanesque

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Paris vaut bien une messe

Fayard

Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes : ne changeons plus le nom de chrétien.

Michel de L’HOSPITAL,

décembre 1560.

PROLOGUE

Je le sais, Seigneur, la Mort est déjà en moi.

Cette paralysie qui me tord les doigts, me fige la main et le bras, empoigne mon épaule alors que j’écris, c’est Elle qui veut m’empêcher de poursuivre le récit de ma vie.

Seigneur, la laisserez-vous m’interrompre avant que j’aie pu aller jusqu’au bout de ce que j’ai vécu, jusqu’à ce moment d’espérance, quand, enfin, après tant de massacres, les hommes du royaume de France mettent leurs dagues et leurs épées au fourreau, déposent leurs arquebuses et écoutent ce que leur disait, si longtemps avant, le chancelier du roi, Michel de L’Hospital : « Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes : ne changeons plus le nom de chrétien ! »

Elle murmure à mon oreille :

« Assez dit ! Qui te lira encore ? Qu’importe ta voix dans cette vaste fosse où je vais te jeter parmi tous ces hommes que tu as vus vivants ? Et certains d’entre eux, souviens-toi, tu les as tués de ta main ! Qui les entend ? Chrétiens écorchés vifs par les bourreaux du bagne d’Alger et qui hurlaient. Chrétiens – tu as été l’un d’eux – que les fouets des gardes-chiourme cinglaient afin que les galères musulmanes glissent plus vite vers les côtes où bientôt d’autres cris s’élevaient, ceux des femmes violées et éventrées, des hommes dépecés ou brûlés. Et n’oublie pas les hurlements des Maures d’Andalousie que les soldats que tu commandais égorgeaient, tuant femmes et enfants. Et toi, quand tu t’es ouvert un chemin parmi les janissaires de la galère la Sultane, à coups de glaive, à coups de hache, as-tu entendu les cris de ceux dont tu tranchais bras et tête, dont tu perforais la poitrine ?



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