
La reine mère, cette Italienne, cette Médicis, n’était qu’une empoisonneuse entourée d’Italiens, les Strozzi, les Gondi, qu’elle avait faits princes. Les uns étaient des tueurs à gages, les autres des parfumeurs, créateurs de mixtures qu’il suffisait de respirer pour mourir.
Elle ne se souciait de rien d’autre que de l’avenir de ses enfants. Une vraie louve qui flairait ce qui était bon pour sa progéniture, se méfiant de tous mais cherchant à séduire Philippe II ainsi que ces chefs protestants, l’amiral de Coligny et Guillaume de Thorenc.
— Mais oui…
Sarmiento me faisait face et répétait :
— Mais oui, Guillaume de Thorenc ! Ton frère.
Elle entendait se servir des hérétiques ou des bons catholiques selon son avantage. Elle s’était mis en tête de marier sa fille Marguerite avec Henri de Navarre. Telle était son ambition présente. À cette fin elle s’était réconciliée avec Coligny. Elle l’avait flatté, pourvu, lui, l’hérétique, d’un bénéfice de notre sainte Église, avec deux cent mille livres de revenus, et elle l’avait doté par surcroît de cent cinquante mille livres. Voilà comment agissait celle qui se prétendait fervente catholique, qui proclamait qu’elle voulait rétablir la paix entre ses sujets, qu’ils fussent protestants ou de la vraie religion. Elle ne se souciait ni du Bien ni du Mal ni de Dieu ni du Diable. Elle ne défendait que ses intérêts.
Sarmiento avait haussé la voix, levé un bras.
— Seulement, Coligny est entré au Conseil du roi. Et ce roué, ce mécréant, cet hérétique a enveloppé Charles IX de ses flatteries, de ses raisonnements bouffons. Savez-vous ce qu’il veut obtenir ? Que le monarque envoie une armée aux Pays-Bas pour soutenir contre nous les gueux hérétiques de Guillaume d’Orange. Et ce pauvre Charles IX écoute, se laisse séduire, et sa mère ne dit mot, parce qu’elle tient à son mariage, elle veut la Navarre et le Béarn !
