J’avais partagé avec eux tant de moments de ma vie qu’ils devinaient mon trouble et qu’il suffisait d’une de leurs questions pour que je me confie.

Je m’inquiétais de ce qui allait survenir. Qu’allaient faire les gens de rien après avoir écouté les prêches du père Veron ? Ils s’étaient déjà rassemblés autour de la Croix de Gastine. Ils avaient molesté des soldats du roi, commencé à piller des boutiques, tenté de mettre le feu à des maisons de huguenots, sur le pont Notre-Dame, ainsi, qu’à celle qu’on appelait du Marteau-d’Or.

Les mains croisées devant la bouche, la tête penchée, le père Verdini restait silencieux.

Cela faisait seulement quelques jours qu’il était arrivé à Paris, envoyé par Sa Sainteté Pie V pour essayer d’empêcher ce mariage funeste que Catherine de Médicis voulait conclure entre sa fille, Marguerite de Valois, et le roi de Navarre, ce huguenot de Henri le Béarnais, Bourbon par son ascendance et appartenant donc à l’une des familles régnantes de France.

Sarmiento était indigné.

Il arpentait la pièce, les bras repliés sur la poitrine, les mains enserrant ses épaules. Il me donnait l’impression d’être une boule de muscles et de colère qui parfois s’immobilisait, nous regardait, tendait le bras vers le père Verdini ou Enguerrand de Mons, les prenant à témoin. Puis il croisait à nouveau les bras et décrivait un cercle autour de moi comme s’il avait voulu m’emprisonner, m’empêcher de fuir les propos qu’il assénait d’une voix tranchante.

Personne, disait-il, à part lui et le souverain d’Espagne auquel il envoyait chaque jour un courrier, ne mesurait l’étendue du complot qui se tramait ici, à la cour de France, contre l’Espagne et la sainte Église.

Le royaume, si les conspirateurs huguenots l’emportaient, risquait de sombrer dans l’hérésie, à l’instar de celui d’Angleterre.



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