
Mais peut-on faire confiance à un renégat ?
Il s’était remis à aller et venir, à parler avec mépris de Catherine de Médicis, de ses fils, de Marguerite de Valois.
Charles IX, tout roi qu’il était, n’était qu’un jouet entre les mains des flagorneurs tels Coligny ou Guillaume de Thorenc. Mais, à la fin, c’était sa mère qui l’influençait. C’était donc elle qu’il fallait convaincre, effrayer, acheter même. Il fallait lui promettre une bonne et solide alliance qui assurerait le pouvoir et la richesse à ses enfants.
— Une Italienne, une descendante de marchands de Florence, elle n’est que cela : rien ! avait conclu Sarmiento.
Quant à ses deux autres fils, Henri d’Anjou et François d’Alençon, Catherine de Médicis se servait d’eux pour attiser la jalousie de Charles IX et le plier à ses desseins.
Ces deux-là n’étaient que des marionnettes. Henri d’Anjou se parait comme une femme. Couvert de rubans, de fanfreluches, de bagues, de colliers et de boucles, il se faisait friser les cheveux et poudrer à toute heure, changeait de vêtements plusieurs fois par jour. Homme ou femme, on ne savait trop de quel sexe il était, mais tourbillonnaient autour de lui des mignons qu’il déclarait aimer et qui lui étaient dévoués corps et âme.
François d’Alençon, l’autre fils, tentait de s’imposer entre ses deux aînés, prêt pour cela à pactiser avec le diable, les huguenots, les Anglais, et même – Sarmiento avait souri – les Espagnols !
Quant à Marguerite, elle se serrait la taille afin de paraître plus désirable, et couvrait son visage de tant de fards, de crèmes et d’onguents qu’on ne savait plus au juste ce qu’étaient ses traits.
— Voilà la cour de France, avait dit Sarmiento en appuyant la main sur mon épaule. Si nous n’y prenons garde, les huguenots attacheront tous ces princes futiles, ces reines corrompues au banc de leur chiourme, comme les Barbaresques l’ont fait avec tant de chrétiens. Nous avons vu, nous autres, ce que l’on peut obtenir des hommes…
