Sarmiento savait que je gardais dans ma chair et ma mémoire les cicatrices de ma servitude.

J’avais baissé la tête.

J’étais avec lui.

— Nous ne pouvons compter que sur la famille des Guises, avait poursuivi Sarmiento. Ceux-là sont aussi avides que les huguenots. Mais ils sont à nous. Entre eux et les hérétiques, entre Henri de Guise, le Balafré, et l’amiral de Coligny, il n’y a pas de paix possible. Le royaume de France est fendu comme un billot peut l’être d’un coup de hache.

Seigneur ! Diego de Sarmiento ne croyait pas si bien dire !

4.

Ce coup de hache qui partagerait la France, j’ai vu Diego de Sarmiento encourager, commander, payer ceux qui pouvaient le donner.

Lorsque je traversais la cour de l’hôtel d’Espagne, je l’apercevais souvent en conciliabules avec des hommes enveloppés d’amples manteaux, le visage dissimulé par des chapeaux aux rebords rabattus sur les yeux. Leurs mains gantées ne lâchaient jamais le pommeau de leur épée ou de leur dague, et si, à mon approche, ils se retournaient brusquement, entrouvrant ainsi leurs manteaux, j’y devinais les crosses de leurs pistolets ou le canon de leur arquebuse.

En me voyant, Diego de Sarmiento s’interrompait, hésitait puis m’invitait à le rejoindre. La curiosité ou la soumission l’emportaient chez moi sur la crainte et la répulsion.

Je me faufilais entre ces hommes, jusqu’à Sarmiento. Ils s’écartaient comme à regret, me dévisageaient sans que je pusse croiser leur propre regard.

Peut-être savaient-ils que j’étais le frère de Guillaume de Thorenc, compagnon de l’amiral de Coligny, ancien ambassadeur du roi Charles IX auprès du sultan, Guillaume de Thorenc l’hérétique ? Il aurait suffi d’un geste de Sarmiento pour qu’ils me poignardent, m’égorgent, tuant le catholique pour mieux blesser le huguenot.



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