Je les en sentais capables, car rien dans leur attitude ne suggérait qu’ils fussent gentilshommes de duel, de guerre franche et réglée.

Ils étaient gens de guet-apens et d’assassinat.

Je les ai appelés les « hommes sombres » et Sarmiento me disait qu’ils appartenaient pour la plupart aux Guises, à Henri le Balafré et à son frère Louis, cardinal de Lorraine, qu’obsédaient la soif de pouvoir et la volonté de se venger de Coligny qu’ils accusaient d’avoir ordonné le meurtre de leur père, François, duc de Guise.

— Ces hommes sont à moi aussi, avait ajouté Diego de Sarmiento. Je les paie. Ils sont fidèles à celui qui leur donne des ducats. Et comme ils savent que je paie aussi Henri et Louis de Guise… Je suis leur vrai maître !

Peu à peu, au fil des jours, j’ai appris leurs noms. Diego de Sarmiento les énonçait comme un chasseur appelle ses chiens.

Il y avait Maurevert, qui avait tué pour le roi, pour Catherine de Médicis, pour Henri de Guise. C’était un homme grand et maigre, qui marchait voûté comme s’il avait cherché à se dissimuler, alors qu’on ne pouvait que remarquer sa silhouette courbée, la tête rentrée dans les épaules, avançant les jambes à demi ployées – jamais l’expression « pas de loup » ne m’avait paru plus juste.

J’ai aussi connu Keller, un mercenaire suisse, l’espion de Diego de Sarmiento à l’hôtel de Ponthieu, demeure de l’amiral de Coligny.

Autant le Suisse était silencieux, autant l’Italien Luigi Bianchi était bavard. Ce « parfumeur », autant dire cet empoisonneur, ne venait à l’hôtel d’Espagne que pour renseigner Catherine de Médicis.

— Je le sais, m’avait précisé Sarmiento. Et il sait que je le tuerai s’il livre à la reine mère le moindre vrai secret. Et, comme je le paie mieux, il espionne pour moi celle qui l’envoie ici m’espionner.

Sarmiento ricanait, ses lèvres retroussées montrant ses dents de carnassier. Il aimait à se mêler à cette meute qu’il excitait et retenait tour à tour, la nourrissant d’or et de promesses, l’assurant qu’un jour proche il faudrait qu’elle tue, qu’elle nettoie Paris de tous ces nobliaux huguenots que la province déversait sur les bords de la Seine.



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