Et, durant toutes ces années de guerres – treize années de guerre pour la religion ! –, Guillaume de Thorenc avait mis sa bande au service de l’amiral de Coligny, du prince de Condé, de Henri de Navarre-Bourbon, ces chefs de la secte huguenote auxquels le roi et la reine venaient d’accorder le privilège des places de sûreté, le droit de croire à ce qu’ils voulaient.

Était-ce là ce que les catholiques pouvaient attendre de leur suzerain et de la reine mère ?

J’avais écouté mais ne m’étais pas indigné. J’avais assisté à tant de massacres, vu la mer devenir rouge à Lépante, les corps des morts cachant l’écume des vagues, que ce que l’on me décrivait là m’avait paru de simples escarmouches.

La vraie guerre était celle que nous avions livrée contre les infidèles, le reste n’était que querelles de famille.

Michele Spriano m’avait certes mis en garde, mais comment aurais-je pu l’écouter alors qu’à chaque pas je reconnaissais les paysages, les parfums, les chemins de mon enfance ?

J’avais rêvé, vécu dans l’illusion. Je n’accédais pas aux rivages du paradis mais m’enfonçais dans la forêt obscure. Peut-être même n’avais-je pas encore atteint le cœur du royaume de Lucifer, là où l’Ange déchu broie et dévore les traîtres, les Judas, Brutus, Cassius…

Que Dieu y ajoute Guillaume de Thorenc, mon frère !

L’épée à demi tirée du fourreau, le plus grand des hommes en noir a fait un pas en avant.

Je connaissais ce regard-là, yeux de pierre froide mais à l’éclat d’acier. C’était le même que celui de Dragut-le-Brûlé, le Cruel, le Débauché. C’était celui des bourreaux. Celui de don Garcia Luis de Cordoza, capitaine général de Grenade. Celui de tous les tueurs, quelques vêtements qu’ils portent, quelque Dieu qu’ils prient, tous renégats de la bonté, de la pitié et de la compassion.



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