Je sais que mes yeux ont brillé du même éclat quand j’ai tué.

Et sans doute, face à cet homme en noir, l’ai-je retrouvé, d’autant plus intense que, peu à peu, à ma colère et à mon émotion se mêlaient l’amertume et la déception.

Moi aussi j’ai tiré sur mon épée, en exhibant la lame.

L’homme m’a salué, inclinant à peine la tête, gardant son chapeau enfoncé jusqu’aux sourcils.

Il se dénommait Jean-Baptiste Colliard, dit-il d’un ton arrogant, capitaine des gardes du Castellaras de la Tour, au service du comte Guillaume de Thorenc. Il avait ordre de ne laisser personne pénétrer dans le château.

— Personne, a-t-il répété.

Puis, d’un ton dédaigneux, il a ajouté :

— Il faut passer son chemin.

Michele Spriano s’est avancé et s’est placé entre nous deux, expliquant au capitaine des gardes qui j’étais. L’homme a paru un instant troublé. Les gardes maintenant nous entouraient.

— Que voulez-vous ? a-t-il bougonné.

Il s’est encore approché.

— Ici, a-t-il poursuivi, c’est toujours la guerre. Les papistes de la Grande Forteresse de Mons refusent d’appliquer le traité de paix de Saint-Germain que le comte de Thorenc nous a demandé de respecter. Le Castellaras de la Tour est à nous, ainsi que tous les villages du fief. Nous prions comme nous l’entendons : en français, et nous lisons la Bible plutôt que ces prières à une femme que l’on dit vierge et qui ne l’est pas plus que moi !

Il s’est esclaffé et m’a dévisagé avec mépris avant de reprendre :

— J’ai entendu le comte de Thorenc dire que son frère s’était fait espagnol, par haine de la vraie foi, et qu’il avait renié son royaume, trahi son père et toute sa famille. Êtes-vous celui-là ?

Je n’avais pas bondi sur le pont de la galère la Sultane, je ne m’étais pas frayé un chemin à coups de hache et d’épée pour accepter qu’un huguenot m’insulte dans la cour de notre demeure.

J’ai tiré l’épée avant lui. J’en ai placé la pointe sur sa gorge.



9 из 223