
Assise à côté de C*, tu ne la regardais pas. Sentais simplement la présence de son corps à ta gauche. Son parfum parfois, par vagues.
Tu t'acharnais à mesurer minute par minute l'emprise progressive d'un désir exaspérément physique dont tu te disais minute après minute qu'il est insoutenable déjà, t'étonnant qu'il puisse continuer de croître de minute en minute et qu'il ait pour effet paradoxal de te clouer là dans une paralysie quasi complète. Tu n'avais, tu n'as pas souvenir d'en avoir jamais ressenti d'aussi tyrannique. Tu en mesurais la progression ascendante. Ton corps s'était scindé en deux: un corps abstrait, imperceptible, doublant un autre, celui-ci tendu, blindé, exacerbé, paradoxe de pétrification et de pulsation. Incapable d'en détourner ta pensée, tant cet autre corps t'envahissait, tu assistais, impuissante, immobile, à ta propre colonisation par un désir inexplicable et obscène que ta volonté échoue à réduire, à circonscrire, à purger.
C'est contre toi, contre ton meilleur jugement que montait la vague de ce désir inhumain. Une nuit avec C* n'entrait nullement dans tes intentions. Ne t'étais-tu pas déjà refusée une fois à ses avances? Car C* ne te plaisait tout simplement pas. Parfois même tu avais éprouvé pour son corps de la répulsion.
Mais, désir comme répulsion, sans pourquoi et ne se pouvant expliquer. Et moins encore, que la répulsion ne raturât pas le désir.
Comment peux-tu éprouver un désir si immédiat, si ravageur pour une femme qui ne te plaît même pas? Une femme qui n'est d'aucun de tes genres… Voilà ta détresse.
Tu t'appliquais maintenant à la regarder, à la détailler, recensant tous les motifs de débander. Tu te disais que sa bouche ne te plaisait pas, que son visage n'avait pas la finesse que tu apprécies, que son corps, s'il est souple, n'avait pas la délicatesse naïve ou la grâce énergique qui d'habitude t'excite, qu'à ses manières, ses gestes manquaient la netteté, la discrétion qui te séduisent.
