
Mais voulais-tu tenter?
Tu sortis dans le jardin, évitant l'allée centrale, prenant les chemins de terre, les chemins les plus obscurs, les plus étouffés de silence et d'ombre épaisse. Quand on y marche la nuit, on sent sur son visage une sorte de voile impalpable parfois venir se déposer: toiles que tissent d'une haie de buis à l'autre les araignées durant la nuit, et qu'on emporte en passant, et qui collent à la peau et dont on ne sait se défaire car si ténues, imperceptibles. Obstacles invisibles, démoniaquement audacieux de force, d'art et de patience, si fragiles cependant contre la grossièreté d'un corps qui passe, en proie au désir, ou qui erre, en proie à l'incertitude.
[Nuit 1]
C*
C'est une boîte de nuit lointaine. On ne s'y entend qu'à peine. Il faut se hurler à l'oreille. Tu ne hurlais d'ailleurs pas. Tu te taisais. Laissais les autres autour de la table où vous étiez assis, s'époumoner, se tympaniser. Depuis une heure que vous étiez là, ta détresse allait s'approfondissant. Ton exaspération peut-être. Mais comment discerner la détresse de l'exaspération, de la mélancolie?
