
— Tiens ! C’est Maigret… Qu’est-ce que vous enpensez ?…
— Rien ! Allez-y…
— Un suicide, pas vrai ?…
— Si vous voulez… Vous avez téléphoné au Parquet ?…
— Dès qu’on m’a averti…
Une voix tonitruait dans le haut-parleur. Quelques personnes,qui s’étaient aperçues qu’il se passait quelque chose d’anormal, regardaient deloin le train vide, le groupe immobile près du marchepied de la voiture 5.
Maigret laissa tout le monde en plan, sortit de la gare,héla un taxi.
— Au Majestic !…
La tempête redoublait. Les rues étaient parcourues par destourbillons qui donnaient aux passants des silhouettes d’ivrognes. Une tuiletomba, quelque part, sur le trottoir. Les autobus déferlaient.
Les Champs-Elysées étaient transformés en une piste quasidéserte. Des gouttes d’eau commençaient à tomber. Le portier du Majestic seprécipita vers le taxi avec son énorme parapluie rouge.
— Police !… Un voyageur vient d’arriver parl’Etoile-du-Nord ?
Du coup, le portier referma son parapluie.
— Il en est arrivé un, oui !
— Pardessus vert… Moustaches blondes…
— C’est ça, voyez bureau…
Des gens couraient pour fuir l’averse. Maigret pénétra àl’hôtel juste à temps pour éviter des gouttes de pluie grosses comme des noix,froides comme de la glace.
Derrière le bureau d’acajou, employés et interprètes n’enétaient ni moins élégants, ni moins corrects.
— Police… Un voyageur en pardessus vert… Petite moustacheblon…
— Au 17… On est en train de monter ses bagages…
II
L’ami des milliardaires
La présence de Maigret au Majestic avait fatalement quelquechose d’hostile. Il formait en quelque sorte un bloc que l’atmosphère serefusait à assimiler.
Non pas qu’il ressemblât aux policiers que la caricature apopularisés. Il ne portait ni moustaches, ni souliers à fortes semelles. Sesvêtements étaient de laine assez fine, de bonne coupe. Enfin il se rasaitchaque matin et ses mains étaient soignées.
