
Gérard de Villiers
Pirates
CHAPITRE PREMIER
Le « Burah Océan » faisait des ronds dans l’eau, au beau milieu de l’océan Indien, par une belle nuit claire, filant à dix nœuds pour économiser le fuel, à environ deux cent miles nautiques à l’est de Hobyo, petit port de pêche somalien situé à deux cent quatre-vingts kilomètres au nord de Mogadiscio, jadis capitale de la République Populaire de Somalie.
Hélas, depuis 1991, la Somalie avait explosé, lorsque le dictateur Syad Barré avait été chassé par un consortium de « warlords », bien décidés à démembrer le pays et à s’en partager les dépouilles.
Leur plan avait réussi au-delà de toute espérance. L’ancienne Somalie, grande comme trois fois la France, avait éclaté en trois grandes entités — du nord au sud, le Somaliland, le Puntland et la Somalie, où régnait l’anarchie la plus totale, lieu d’affrontement entre des milices féroces et surannées qui s’expliquaient à l’arme lourde au milieu de la population.
Au-delà de tout affrontement religieux. D’ailleurs, à Mogadiscio même, la Grande Mosquée et la cathédrale catholique avaient toutes deux été réduites à des tas de gravats.
Or, l’ex Somalie était un pays homogène : même ethnie, même religion — musulmane — et même langue. Donc, à l’abri des guerres tribales qui décimaient l’Afrique depuis la décolonisation. Partant de ce constat en apparence encourageant et armés de leur bonne foi, les Américains avaient, en 1994, tenté une opération de sauvetage en débarquant à Mogadiscio armés de probité candide et de sacs de riz. But avoué et avouable de l’opération : mettre fin au règne des « warlords » qui tenaient le pays en coupe réglée.
Hélas, le résultat n’avait pas été à la hauteur des espérances américaines. Quelques années plus tard, ce qui restait de l’opération « Restore Hope » était un excellent film, « Black Hawk Down » relatant la perte de deux hélicoptères US, le massacre de 18 Rangers américains par les milices somaliennes et le nettoyage qui avait suivi, laissant environ 4000 Somaliens, miliciens et civils, sur le carreau.
