
L’argent de ces premières rançons avait été judicieusement utilisé. De Mombasa, au Kenya, on avait fait venir des barques rigides d’une grande solidité, de Chine, des moteurs de 75 chevaux trois cylindres, solides et bon marché, et, de Dubai, une petite merveille technologique : l’Automatic Identification System.
Vendu pour la modeste somme de 1300 euros chez tous les shipshandlers.
CHAPITRE II
L’AIS représentait le rêve impossible de tout pirate en puissance. D’usage récent — moins de dix ans — il permettait à n’importe quel navire équipé d’un récepteur d’identifier les bâtiments se trouvant en mer dans un rayon d’une quarantaine de miles nautiques. Grâce à une combinaison de deux écrans et d’une.« souris », le tout relié à une antenne fixée au point le plus haut du bateau.
Cerise sur le gâteau : un règlement international, ignorant évidemment l’existence de la piraterie, obligeait tout bâtiment de plus de 300 tonneaux à être équipé d’un émetteur AIS. Comme ce matériel, censé augmenter la sécurité, était en vente libre, n’importe qui pouvait se le procurer, même par correspondance.
C’est grâce à l’AIS que le « Buruh Océan » avait entamé sa seconde carrière comme « mothership » de pirates.
Il quittait Hobyo avec le plein de vivres et de fuel, traînant derrière lui deux barques rigides, et un équipage mixte, moitié pirates, moitié marins.
Il n’y avait plus qu’à se poster sur le « rail » maritime emprunté par les navires se dirigeant vers le sud, à activer le récepteur AIS, et à choisir sa proie. Délicate attention, l’écran de l’AIS donnait le nom du navire repéré, sa nationalité, sa vitesse, son cap, et le cap qu’il fallait prendre pour le rejoindre.
En sus des proies, il permettait de repérer les navires de guerre de la Ve flotte Ils ou ceux de la Task Force 150 croisant dans l’Océan Indien. En cas de danger, le « Buruh Océan » s’éloignait prudemment.
