
On mourait toujours beaucoup en Somalie, de maladie ou de guerre, mais les Somaliens, nomades, habitués à prévoir l’avenir, avaient développé toutes sortes de combines pour survivre. La plus récente et la plus juteuse était la piraterie.
Sport qui avait toujours prospéré autour du golfe d’Aden mais sur une petite échelle. Seulement, depuis un an, des pêcheurs, poussés par le désir légitime de nourrir leurs familles, s’étaient attaqués aux chalutiers venant écumer les eaux territoriales de ce pays sans loi, bordé par 2600 kilomètres de côtes. Les premières victimes avaient donc été quelques chalutiers de différentes nationalités. Les Somaliens en avaient rendu certains contre des rançons confortables et en avaient gardé d’autres. La vue des liasses de dollars leur avait donné des idées... D’artisanale, la piraterie était devenue industrielle. Et de plus en plus rentable.
Le « Buruh Océan » était l’exemple parfait de cette transformation. Extérieurement, il ressemblait à ce qu’il avait été dans une vie précédente : un modeste chalutier russe de soixante-dix pieds en campagne de pêche... Seulement, la sienne s’était interrompue six mois plus tôt, lorsque le « Buruh Océan » s’était approché un peu trop des côtes somaliennes.
Pris à l’abordage par un « speedboat » de huit mètres hérissé de Somaliens munis de filets de pêche, mais, aussi de Kalachnikovs et de lance-roquettes RPG7, il avait dû gagner le port d’Hobyo où son équipage avait été débarqué puis échangé, quelques semaines plus tard, contre une rançon de 45000 dollars.
Bien que le système bancaire somalien ne soit plus qu’un souvenir, l’argent était parvenu facilement aux pirates d’Hobyo. Versé à une officine de « Hawala » à Dubai et transféré à la « branche » de Hobyo. Ce réseau financier était tenu par des familles somaliennes installées un peu partout sur la planète. On ne travaillait qu’en famille car tout reposait sur une confiance absolue. Dans ces circuits, il n’y avait pas de chèques sans provision, seulement des gorges tranchées.
