
Bien entendu, il se cache sous un faux nom et un nouveau déguisement. Ceci me fait supposer que j’aurai peut-être à parcourir le monde entier pour le trouver! C’est du moins ce que je crois. Voyez-vous, mère! le Juif errant, en ce moment: c’est moi. Quelle ironie! Et dire que nous avions réservé «ce rôle à un autre»!
Toutes ces difficultés seraient aplanies si je pouvais placarder une nouvelle affiche. Mais je me sens incapable de trouver dans mon cerveau un procédé qui n’effraye pas le pauvre fugitif. Ma tête est prête à éclater. J’avais songé à cette affiche:
«Si le monsieur qui a dernièrement acheté une mine à Mexico et en a vendu une à Denver veut bien donner son adresse» (mais à qui la donner?) «il lui sera expliqué comment il y a eu méprise à son sujet; on lui fera des excuses et on réparera le tort qui lui a été causé en l’indemnisant aussi largement que possible.»
Mais comprenez-vous la difficulté? Il croira à un piège; c’est tout naturel, d’ailleurs! Je pourrais encore écrire: «Il est maintenant avéré que la personne recherchée n’est pas celle qu’on a trouvée; il existait une similitude de nom; mais il y a eu échange pour des raisons spéciales.» Cela pourrait-il aller? Je crains que les soupçons des gens de Denver ne soient éveillés. Ils ne manqueront pas de dire en se rappelant les particularités de son départ: Pourquoi s’est-il enfui s’il n’était pas coupable? Si je ne réussis pas à le trouver, il sera perdu dans l’estime des gens de Denver qui le portent très haut. Vous qui avez plus d’expérience et d’imagination que moi, venez à mon aide, ma chère mère!
Je n’ai qu’une clef, une clef unique, je connais son écriture; s’il inscrit son nouveau nom sur un registre d’hôtel sans prendre le soin de la contrefaire très bien, je pourrai la reconnaître, mais il faut pour cela que le hasard me fasse rencontrer le fugitif.
