On n’avait pas éduqué Teppic. L’éducation s’était déposée sur lui comme des pellicules.

Il se mit à pleuvoir, dans le monde hors de sa tête. Encore une expérience nouvelle. Il en avait entendu parler, évidemment, comment l’eau tombait du ciel par petits bouts. Seulement, il ne s’attendait pas à ce qu’il y en ait autant. Il ne pleuvait jamais dans le Jolhimôme.

Les maîtres allaient et venaient parmi les jeunes garçons comme des merles mouillés un peu débraillés, mais il observait un groupe d’étudiants plus âgés nonchalamment adossés près du portique de l’école. Eux aussi portaient du noir, différentes couleurs de noir.

C’était son premier contact avec les couleurs tertiaires, celles qui se trouvent tout au bout du noir, celles qu’on obtient par diffraction du noir avec un prisme octogonal. Elles sont aussi presque impossibles à décrire dans un environnement non-magique, mais à qui voudrait comprendre à quoi elles ressemblent, on conseillerait d’abord de fumer une substance illicite et de bien étudier une aile d’étourneau.

Les anciens examinaient d’un œil critique la nouvelle fournée.

Teppic ne les quittait pas du regard. En dehors des couleurs, leurs vêtements étaient coupés à la mode dernier cri, laquelle penchait ces temps-ci pour les chapeaux larges, les épaules rembourrées, les tailles étroites, les chaussures pointues, et donnait à ses adeptes des allures de clous tirés à quatre épingles.

Voilà ce que je vais devenir, se dit-il.

Mais sûrement mieux habillé, ajouta-t-il.

Il se souvint de l’oncle Vyrt, assis dehors sur les marches qui dominaient le Jolh au cours d’une de ses brèves et mystérieuses visites. « Le satin et le cuir ne valent rien. Pas de bijoux, d’aucune sorte. Tu ne peux rien porter qui brille, qui grince ni qui tinte. Tiens-t’en à la soie et au velours. L’important, ce n’est pas le nombre de gens que tu vas inhumer, mais le nombre de ceux qui n’arriveront pas à t’inhumer, toi. »



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