
Quelqu'un marchait sur ma tombe
À Abder ISKER,
ce drame au ralenti,
en témoignage d’amitié fidèle.
Lorsqu’il partit de chez lui, Liselotte lui
demanda à quelle heure il pensait rentrer ; et il
répondit qu’il n’en savait rien, car il pouvait
très bien ne jamais plus rentrer chez lui.
1
L’endroit était laid, froid et bizarre. Le jour gris, en déclinant, estompait les volumes. Il arrivait directement du ciel malade sur lequel s’ouvrait une immense verrière aux vitres sales. Un vieux bureau à volet et un classeur déglingué n’arrivaient pas à donner à la pièce une atmosphère de bureau, pas plus que les deux banquettes de moleskine où le crin moussait par de larges plaies. Une grande partie du local était encombrée de caisses neuves portant des inscriptions au pochoir et par de mystérieux objets soigneusement emballés dans du papier brun.
Le nez collé au carreau fendu de la verrière, Lisa regardait tomber la pluie sur le port de Hambourg. Le bureau se trouvait tout en haut d’un vaste entrepôt et faisait songer à la cabine vitrée d’une grue. On pouvait y accéder depuis l’extérieur par un raide escalier de fer tout rouillé dont la rampe manquait par endroits. Le bureau communiquait avec l’entrepôt par un autre escalier, moins abrupt, en pierre celui-là, mais dont la rampe de bois n’était guère fameuse non plus.
Lisa considérait l’univers de métal étalé dans la grisaille. Son regard embrassait une succession de chantiers grouillants dans lesquels hurlaient des sirènes et grinçaient des cabestans. Au bout d’un moment elle se retourna et vit Paulo assis sur le bureau, les jambes ballantes. Ce dernier lisait un journal abondamment illustré en sifflotant une irritante mélopée.
— Je vous admire, soupira Lisa.
